Biographie de Régine Deforges



Régine Deforges est née à Montmorillon en Poitou où elle est élevée dans différentes institutions religieuses. À l'âge de 15 ans, on lui dérobe son journal intime, où elle consignait ses pensées et l'amour qu'elle éprouvait pour une fille de son âge. Cet épisode provoque un scandale local : renvoyée de son institution, elle est contrainte de brûler ses autres cahiers.

« J'ai obéi, jeté dans le poêle ce qui me tenait le plus à cœur. Ma vie intime s'envolait en fumée. J'ai décidé que je me vengerais, sans savoir comment. »

Cet épisode lui inspire, bien plus tard, le livre Le Cahier volé. Très tôt, les livres constituent son univers d’élection : elle devient tour à tour libraire, relieur, éditeur, scénariste, réalisateur et écrivain. Elle ouvre plusieurs librairies, tant à Paris qu’en province, et crée, en 1968, sa propre maison d’édition, L'Or du temps. Elle devient de ce fait la première éditrice française. Le premier livre qu’elle publie, Le Con d'Irène (sous le titre édulcoré « Irène »), attribué à Louis Aragon (1re éd. 1928), est saisi 48 heures après sa mise en vente, le 22 mars 1968. Elle sera, par la suite, condamnée pour « outrage aux bonnes mœurs » et privée de ses droits civiques.

Ayant rencontré l'industriel Pierre Spengler alors qu'elle n'a pas encore 20 ans, ce dernier la demande en mariage. Elle décide de jouer cela aux dés, au 421, et perd, si bien qu'elle se marie. Cette union singulière ne dure pas très longtemps, mais elle en a eu un fils, Franck Spengler, né le 30 janvier 1956, et aujourd'hui éditeur. Elle a une fille, Camille, avec l'éditeur Jean-Jacques Pauvert. Il n'a reconnu Camille Deforges qu'à sa quarantaine et tente de s'en expliquer dans plusieurs pages de ses mémoires par le fait qu'il était déjà marié, déjà père : « J'avais déjà deux enfants (sans compter ma première fille) ». « Le grand responsable (enfin le grand déclencheur) de la décision de Jean-Jacques Pauvert de ne pas reconnaître Camille Deforges fut René Diatkine, le psychiatre ».

Elle publie ensuite un catalogue de livres écrits par des femmes (Les Femmes avant 1960). Elle publie une centaine d’ouvrages (notamment des livres d’Apollinaire, Gautier, Restif de la Bretonne et Mandiargues, entre autres), dont la plupart font l’objet d’interdictions diverses voire, pour certains, de poursuites pour outrage aux bonnes mœurs. Parmi les romans érotiques contemporains, L'Or du temps publie notamment La Nue, de Michel Bernard. De nombreux procès et de lourdes amendes obligent Régine Deforges à déposer son bilan.

Elle a été présidente de la Société des gens de lettres et membre du jury du prix Femina dont elle a démissionné en solidarité avec Madeleine Chapsal à la suite de son exclusion. Elle était membre du comité d'honneur de la Maison internationale des poètes et des écrivains de Saint-Malo.

Elle a également tenu une chronique à L'Humanité, dont des recueils ont été publiés. En novembre 2003, son indulgence pour la personnalité d'Israël Shamir, auteur du brûlot antisémite : L'autre visage d'Israël lui vaut le retrait de son article depuis le site web de L'Humanité après une tempête médiatique initiée par Didier Daeninckx (Michel Wieviorka décrit l'évènement dans son livre La tentation antisémite).

Son roman La Bicyclette bleue, premier de trois tomes composant l'ouvrage, a connu un grand succès populaire (plus de dix millions d'exemplaires vendus), mais a valu à Régine Deforges quelques démêlés judiciaires avec les héritiers de Margaret Mitchell, auteur d'Autant en emporte le vent, qui ne sont pas parvenus cependant à convaincre les juges que Régine Deforges avait plagié l'Américaine.

À titre personnel, elle est membre du comité d'honneur de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité et cosigne en 2009 un texte réclamant la dépénalisation de l'euthanasie.

Elle a été l'épouse du dessinateur du Nouvel Observateur Pierre Wiazemsky, dit Wiaz, petit-fils de François Mauriac, de qui elle a une fille, l'actrice Léa Wiazemsky. Elle a également un fils, Franck Spengler (éditeur de littérature érotique), d'un premier mariage avec Pierre Spengler, industriel.

Régine Deforges meurt le 3 avril 2014 à l’hôpital Cochin, dans le 14e arrondissement de Paris, des suites d'une crise cardiaque, quelques mois après avoir terminé ses mémoires, L’Enfant du 15 août. Elle repose au cimetière du Montparnasse (3e division).

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