Biographie de Michel Onfray



Jeunesse

Né d'un père ouvrier agricole et d’une mère femme de ménage abandonnée bébé puis placée à l'Assistance publique, Michel Onfray est « pris en charge » de 10 à 14 ans dans un pensionnat catholique tenu par des prêtres salésiens à Giel dans l'Orne qu'il décrit comme un lieu de souffrance — « Je fus l'habitant de cette fournaise vicieuse » — dans la préface d'un de ses ouvrages, La Puissance d’exister et, également, de manière courte dans la préface de son Crépuscule d'une idole, l'affabulation freudienne.

En 1979, il devient stagiaire journaliste à la rédaction d'Argentan d'Ouest-France pour financer ses études7. Il y reste jusqu'en 1982.

Élève entre autres de Lucien Jerphagnon et d'Alexis Philonenko, il soutient en 1986, à l'âge de 27 ans, une thèse de troisième cycle, intitulée « Les implications éthiques et politiques des pensées négatives de Schopenhauer à Spengler » sous la direction de Simone Goyard-Fabre, au centre de philosophie politique et juridique de l'université de Caen.

Il envoie son premier livre, consacré à la figure oubliée du philosophe nietzschéen Georges Palante, à un petit éditeur d'Ille-et-Vilaine.

En 1987, à 28 ans, il frôle la mort lors d'un infarctus. Sa rééducation au côté d'une diététicienne impitoyable qui lui prédit sa fin prochaine s'il persiste à se régaler de confits et de gâteaux au chocolat, sont à l'origine de son deuxième ouvrage, Le Ventre des philosophes, publié en 1989 par l'intermédiaire de Jean-Paul Enthoven chez Grasset (dans la collection « Figures » que dirige Bernard-Henri Lévy), dans lequel il s'intéresse aux passions et phobies alimentaires de ses auteurs favoris. Quelques années plus tard, il contracte une infection en Mauritanie qui provoque un AVC qui l'empêche d'écrire et provoque un nouvel accident cardiaque quelques jours plus tard (syndrome de tako-tsubo).

Il obtient en 1993 le Prix Médicis essai pour La Sculpture de soi. La morale esthétique. En 1991, il intègre le comité de rédaction de La Règle du jeu, la revue que vient de créer Bernard-Henri Lévy dans laquelle il publiera six articles. Il quitte celle-ci en 1998 alors qu'elle change de formule. Il affirmera n'être « allé que deux fois » au comité de rédaction et ne pas s'y être senti « du tout à [sa] place ». Plus globalement, il estime s'être « fait instrumentaliser par Grasset » et avoir été traité « comme un fantassin de l’équipe BHL », avouant n’être « pas fier » de cet épisode.

Enseignant

Michel Onfray enseigne la philosophie au lycée technique privé catholique Sainte-Ursule de Caen13 de 1983 à 2002. Il critique l’enseignement de la philosophie tel qu’il est dispensé par l'Éducation nationale, qu’il juge limité à la transmission d'une histoire de la philosophie officielle et conforme à l'ordre social, plutôt que de se donner pour but d’apprendre à philosopher, vision contestée par de nombreux enseignants en exercice dans le secondaire. Il est aussi excédé par la dimension administrative et « policière » de sa profession (faire l'appel, noter les élèves). Il démissionne en 2002 de Sainte-Ursule pour créer l’université populaire de Caen. Il en écrit le manifeste en 2004 : La Communauté philosophique.

Université populaire de Caen

Pour donner une suite au choc du « 21 avril » 2002 (Jean-Marie Le Pen accède au second tour de l'élection présidentielle française), Onfray cherche à répondre à ce qu'il qualifie de nécessité d'éducation collective, qu'il veut libertaire et gratuite, à travers la création d'une université populaire. Faisant le choix délibéré de la province, il l'implante à Caen, dans sa région d'origine, où il organise chaque année le séminaire de philosophie hédoniste, qui constitue le corps de son projet de contre-histoire de la philosophie.

S'opposant à l'enseignement universitaire traditionnel et institutionnel de la discipline, il en affirme le caractère peu philosophique et essentiellement historique au fil de ses conférences. L'essentiel des reproches qu'il adresse aux philosophes institutionnels tient au fait que ceux-ci ne liraient pas les textes dont ils parlent et se contenteraient de faire des synthèses de publications antérieures, en citant des erreurs factuelles, de date par exemple, reprises d'article en article ou de manuel en manuel. Ce faisant, Onfray propose un enseignement renouvelé passant par la lecture des auteurs plutôt que par ce qu’on en a dit (et en dépit de ses bibliographies plutôt étoffées).

Ses cours de philosophie (la « Contre-histoire de la philosophie ») sont diffusés chaque été sur la radio France Culture.

L'université est organisée par l'association loi de 1901 Diogène & Co, qui n'a aucun adhérent. Son bureau est constitué de Micheline Hervieu, ancienne libraire d'Argentan, et de François Doubin, ancien ministre radical de gauche sous François Mitterrand et ancien maire d'Argentan. Son budget est d'environ 80 000 euros par an, provenant uniquement de subventions publiques jusqu'au début des années 2010. Le Conseil régional de Basse-Normandie ayant demandé à l'association de disposer de ressources propres, celle-ci a développé les ventes de produits dérivés. D'après Nicolas Chevassus-Au-Louis, cette association « ne joue aucun rôle dans le fonctionnement de l’association. De fait, seul Michel Onfray et ce qu’il appelle « sa garde rapprochée » formée de vieux amis normands, dirigent l’université populaire de Caen (en particulier dans le choix, par cooptation, des nouveaux enseignants), hors de toute procédure formalisée .

Le succès de l'université populaire conduit Michel Onfray à augmenter sensiblement ses passages dans les émissions des radios et télévisions, passant d'une vingtaine d'apparitions par an au mieux avant 2002, à une apparition minimum par semaine depuis.

Michel Onfray a également lancé en 2006 l’université populaire du goût (UPG) à Argentan, avec pour objectif initial de proposer une éducation à la gastronomie. Après 2012 et un conflit entre Michel Onfray et certains de ses collaborateurs, l'UPG devient finalement « une succession d’événements-spectacles, bien éloignés de l’esprit originel » selon Nicolas Chevassus-Au-Louis. Elle s'est également délocalisée à Chambois, village natal de Michel Onfray.

Conceptions philosophiques

Michel Onfray est de ceux qui estiment qu'il n’est de philosophie sans le bénéfice de la sociologie, des sciences et sciences humaines : « Un philosophe pense en fonction des outils de savoir dont il dispose, sinon il pense en dehors de la réalité. »

Michel Onfray se revendique d'une lignée d'intellectuels proches du courant libertaire parmi lesquels les philosophes cyniques (Diogène de Sinope), cyrénaïques (Aristippe de Cyrène) mais aussi d'une sensibilité transversale de toute l'histoire de la philosophie (les Frères du Libre-Esprit, les penseurs libertins, l’École de Francfort, etc.).

Il est membre du comité d'honneur de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD).

Conceptions religieuses

Ses écrits traitent de l'hédonisme, des sens, de l'athéisme. Le philosophe s'inscrit dans la lignée des penseurs grecs célébrant l'autonomie de pensée et de vie. Prônant un athéisme sans concession, il considère que les religions sont indéfendables, car elles sont des outils de domination et coupent de la réalité du monde. Michel Onfray se déclare pourtant « athée chrétien », dans la mesure où il reconnaît l’héritage culturel judéo-chrétien de l'Europe, indépendamment de ses convictions philosophiques. « Je suis un athée chrétien, car il y a un athéisme qui relève de la sphère chrétienne, parce que l'Europe relève de la sphère chrétienne. ».

Chroniqueur et éditeur

Michel Onfray tenait une chronique dans l'hebdomadaire satirique Siné Hebdo créé par le dessinateur Siné et publié de 2008 à 2010. En revanche sa signature ne paraît plus dans Siné Mensuel, qui a pris la suite de l'hebdomadaire en septembre 2011.

Il dirige la collection La Grande Raison aux éditions Grasset–Mollat.

Philosophie

La Lutte de Jacob avec l'Ange d'Eugène Delacroix, illustrant la couverture du Traité d'athéologie.
Michel Onfray se réclame notamment de l'héritage intellectuel de philosophes comme Nietzsche, La Mettrie, Aristippe de Cyrène. Ces trois penseurs ont en commun, dans une certaine mesure, d'inviter à une ascèse hédoniste.

Michel Onfray emprunte à la pensée nietzschéenne sa vision de l'Occident, de la morale et sa critique essentielle du christianisme. D'Aristippe de Cyrène, il retient le grand oui à la vie, l'hédonisme dynamique, la pulsion exacerbée, et la sagesse tragique des philosophes de Cyrène (ainsi que l'athéisme de certains, faisant fonctionner à plein régime l'arithmétique des plaisirs : un plaisir est mauvais s'il est suivi d'un déplaisir plus important, ou d'un trouble). Michel Onfray se réclame également du postanarchisme.

Il propose une pensée résolument matérialiste dont il fait l’éloge et la présentation dans différents domaines qui l’intéressent particulièrement : éthique et politique, usage ludique du corps, rapports amoureux, esthétique, etc., le tout étant regroupé sous la rubrique de la philosophie existentielle. Pour le philosophe, la probité et la connaissance du monde sont des clés incontournables :

« Il faut partir du réel et construire avec celui-ci. » Il travaille à la déconstruction des mythes guidés par la « pulsion de mort », c’est-à-dire le refus du monde et de l’existence au profit des chimères et des contes. C'est avec le bâton du cynique qu'il dénude les chimères qui le font déboucher sur un « athéisme radical et militant. »

Michel Onfray propose une pratique existentielle de l'hédonisme. Il a pour ambition de rapprocher son lecteur du monde de la culture des arts et du savoir. L’objectif de ce rapprochement est l’épanouissement, le plaisir, et une harmonisation ou une réconciliation du rapport à soi, à autrui, et au monde. Le disciple de Dionysos qu’est l'hédoniste selon Onfray, prend conscience des formes d’aliénations et de douleurs qui le menacent. Onfray les impute principalement aux religions et aux dogmes politiques et économiques. C'est pour cela qu’il replace l’individu au centre de son existence en l’invitant à « penser en homme d'action et agir en homme de pensée » (Georges Sorel) : « principe d’une éthique solaire et souveraine ». Il aborde dans Théorie du corps amoureux : Pour une érotique solaire la question de la sexualité et tente de réactualiser le libertin : il y critique les philosophies qui font l'éloge d'un amour désincarné au détriment du plaisir du corps (Platon, par exemple).

Pour Michel Onfray, l'amour doit se construire de manière immanente, dans l'en deçà, ici et maintenant ; il veut le paradis sur terre, et pas au-delà, pas ailleurs. Il se construit au quotidien grâce à une infatigable « sculpture de soi » qui nécessite des choix dans tous les domaines : philosophique bien sûr, mais aussi esthétique, politique, gastronomique, etc.

Prônant un athéisme argumenté et militant, il décortique au cours de ses conférences à l’université populaire de Caen la manière dont ce qu'il appelle l’idéalisme ascétique platonicien, néo-platonicien, puis chrétien, et enfin allemand, influencent toujours notre manière de penser et de concevoir le monde, donc notre manière de vivre (l'épistèmê judéo-chrétienne : dixit Michel Foucault). De cette « contre-histoire de la philosophie », Michel Onfray tire des enseignements, des idées, des pensées, propres à permettre la fabrication d’une vie quotidienne jubilatoire. Son Traité d'athéologie, un essai violent contre les religions monothéistes, crée la polémique.

Hapax existentiel

La section « Hapax existentiel » de l'article consacré à l'hapax contient plus de détails sur ce sujet.
La notion d'« hapax existentiel » fut introduite par Vladimir Jankélévitch puis reprise par Michel Onfray qui la définit comme l'occurrence qui ne se produit qu'une seule fois, ce qu'il transpose sous la modalité de la métaphore dans la vie d'un individu, notamment la sienne. Chacun de ses livres débute par quelques lignes autobiographiques, qui peuvent être considérées comme des prolégomènes ; elles visent à briser la conception idéaliste de la philosophie, en montrant comment toute pensée naît, en définitive, de l'expérience d'un corps.

Aussi commence-t-il, dans l'Introduction de son premier livre, Le Ventre des philosophes, par dire quelques mots de son hapax existentiel le plus déterminant, celui qui l'a conduit à écrire et à publier : juste après avoir failli mourir d'un infarctus qui l'avait surpris à l'orée de ses vingt-huit ans, il écrit (en quatre jours selon ses dires) sa première œuvre, tout en entretenant un rapport mystique avec la mort. « C'est à ce délire des vaisseaux, écrit-il, que je dois les pages qui suivent. Tous furent étonnés : les statistiques ne m'avaient pas prévu, on trouvait l'insolence plutôt saugrenue. Un infarctus à vingt-huit ans... »

Michel Onfray reviendra sur le sujet dans l'Introduction de L'Art de jouir (intitulée de façon suggestive : Généalogie de ma morale) en racontant plus en détail cet hapax existentiel dont il n'avait dit qu'un mot dans Le Ventre des philosophes. Onfray expérimente, sous le coup de la douleur, que le « corps » et l'« âme » ne font qu'un : « La concentration du mal en un point d'une stupéfiante densité avait aboli toute distance entre la douleur et la conscience qui aurait pu l'appréhender. Le médecin diagnostiqua un infarctus, j'allais avoir vingt-huit ans, et ce lundi 30 novembre, mon corps fit l'expérience d'une sapience qui se transformera en hédonisme. » Surtout, alors qu'il se remet de son infarctus, il voit entrer dans la salle le corps inanimé d'un vieil homme, qui meurt quelques instants plus tard malgré les efforts de l'équipe médicale : « L'infirmier s'approcha du grand corps, tira le drap sur le visage pour masquer la nudité essentielle. J'avais assisté à la scène sans révolte, convaincu d'avoir vu dans cette chair radicalement autre ce par quoi il me faudrait passer. […] Mourir était donc si simple. Restait, après cette leçon de ténèbres, à faire du corps un partenaire de la conscience, à réconcilier la chair et l'intelligence. ».

Positions politiques, controverses et polémiques

Michel Onfray a publié de nombreux ouvrages, dont certains ont connu d'importants succès de librairie (notamment le Traité d'athéologie). Ses thèses ont reçu un accueil critique divers. Raphaël Enthoven, par exemple, qui a participé un temps à l'université populaire de Caen, avant de se faire remercier, considère que Michel Onfray : « enfonce des portes ouvertes avec le sentiment grisant de prendre d'assaut la Bastille. » En revanche pour Gérard Leclerc « avoir le plaisir d’une confrontation avec un homme vrai, qui taille sa marche en solitaire pour l’amour d’une vie qu’il place plus haut que tout ».

Pour l’historien des idées d’Oxford Sudhir Hazareesingh, Michel Onfray est « un libertaire assez classique, un proudhonien qui se méfie des élites et du système parlementaire [...] un homme de gauche, attaché à la défense de la classe ouvrière et à l’éducation populaire ».

Le 13 avril 2013, invité à une table ronde sur « Camus, aujourd'hui » à Balma (Haute-Garonne), il refuse, appuyé en cela par le maire de la ville Alain Fillola, de débattre avec le philosophe Michael Paraire, auteur de Michel Onfray, une imposture intellectuelle.

Points de vue politiques

Michel Onfray a déclaré avoir voté (élection présidentielle française de 2002) pour le candidat de la LCR Olivier Besancenot estimant que « la gauche doit être de gauche » pour combattre ce qu’il appelle la « misère sale » (voir son livre Politique du rebelle), et une gauche qui se réactualise en permanence. Plus récemment, il marque ses distances vis-à-vis d’Olivier Besancenot.

À travers ses dernières déclarations, il se réclame d’un postanarchisme favorable à un « un capitalisme libertaire », à une « gestion libertaire du capitalisme » opposée à une gestion libérale du capitalisme. Il s'oppose d'autre part à l'Europe libérale.

Invité de Stéphane Paoli sur France Inter le mercredi 22 mars 2006, il déclare « ne pas être contre le capitalisme » et pour la « propriété privée ».

En 2006, à la Fête de l'Humanité, au cours d'un débat avec Régis Debray, il déclare soutenir activement l'entreprise de construction d'une alternative unitaire à gauche, laquelle a pour objectif de désigner un candidat unique à la gauche antilibérale, qu'il appelle « radicale », pour l'élection présidentielle française de 2007. Il appelle de ses vœux une grève générale en cas d'un deuxième tour confrontant Jean-Marie Le Pen à Nicolas Sarkozy.

En décembre 2006, au cours d'une interview accordée au journal Le Monde, il déclare qu'il considère « catastrophique » l'incapacité de la « gauche de la gauche » à présenter un candidat unique à l'élection présidentielle de 2007. Il y voit essentiellement un problème d'ego et d'état-major au sein du parti communiste et de la Ligue communiste révolutionnaire. Il dit penser que cette absence d'unité entraînera une hausse importante du vote utile à gauche par un report massif de voix en faveur de Ségolène Royal. En ce qui le concerne, il déclare exclure de voter en faveur de Marie-George Buffet, Olivier Besancenot ou Arlette Laguiller dont l'idéologie relève, selon lui, d'un « cryptomarxisme assez délirant ».

Le 7 janvier 2007, il signe une pétition lancée par le collectif Unis avec Bové pour demander le retour de José Bové qui avait annoncé le retrait « provisoire » de sa candidature le 24 novembre 2006 pour s'opposer aux comportements respectifs du PCF et de la LCR.

Le 9 février 2007, il inaugure un blog présentant ses prises de positions politiques pour la présidentielle de 2007 et sur lequel on découvre, entre autres, chez Nicolas Sarkozy, une vision de la vie totalement déterministe.

Déçu par l'attitude de José Bové, il annonce le 4 avril 2007 sur son blog son soutien, comme en 2002, à Olivier Besancenot, candidat de la LCR, déclarant qu'« il fait la meilleure campagne à la gauche de la gauche. » Au second tour de l'élection, il déclare sur son blog qu'il votera blanc, sans que cela soit un appel. Une très vive polémique va s'ensuivre.


Lors de l'élection européenne de 2009, il soutient le Front de gauche, affirmant lors d'une interview donnée à L'Humanité :

« Je suis constant dans mon choix : je soutiens la gauche antilibérale qui est la plus unitaire possible. Certains estiment que j'ai changé d'avis, or j'ai toujours défendu celui qui, dans ce courant, œuvre dans ce sens. Cela fait longtemps que je demande qu'on se parle, qu'on s'entende. Il y a plein de personnes qui n'attendent que cette union. Et, avec le Front de gauche, elle existe. »

En 2010, la philosophe Sandra Laugier qualifie la critique d'Onfray contre Carol Gilligan d'anti-intellectualisme démagogique, de sexisme et de paternalisme.

En mars 2012, il exprime son désaccord en matière de politique internationale avec la position de Jean-Luc Mélenchon qui avait indiqué au micro de France Inter que Cuba n'est pas une dictature sans toutefois être une démocratie. Il publiera ensuite une tribune dans Le Nouvel Observateur intitulée « Pourquoi je ne voterai pas Mélenchon ».

Il se déclare ouvertement pro-transgénique et est favorable au nucléaire civil, à condition que son fonctionnement soit à ses yeux « une affaire républicaine ». Peu après la catastrophe nucléaire de Fukushima, il réitère cette prise de position dans un article de l'hebdomadaire Le Point du 22 mars 2011 intitulé « Catastrophe de la pensée catastrophiste ».

En septembre 2015 dans Le Monde, il fait part de son « dédain de toutes les classes politiques », précisant qu'il ne votera pas à l'élection présidentielle de 2017, tout en réaffirmant « {s]on athéisme avéré, {s]on opposition à la peine de mort, {s]a défense de l’avortement et du mariage homosexuel, {s]on combat pour l'euthanasie et le clonage thérapeutique, {s]on refus de jeter tout l'art contemporain à la poubelle, {s]a défense d’un socialisme libertaire ».

Avis de libertaires

L'étiquette « libertaire » revendiquée à plusieurs reprises par Michel Onfray, a été contestée par les organisations et les militants du mouvement libertaire. Michel Onfray a été attaqué par Alternative libertaire sur son engagement électoral en 2007. Il a été un temps proche de la Fédération anarchiste et de son hebdomadaire Le Monde libertaire, dans lequel il a écrit des articles, avant de résilier son abonnement en raison des critiques de ses positions qui y étaient publiées.

L'essayiste Claude Guillon l'a éreinté au sujet de son soutien au capitalisme dans une lettre ouverte au Monde libertaire et, en 2008, au sujet de son attitude dans l'affaire des inculpés de Tarnac. Dans le même ordre d'idées, le sociologue Jean-Pierre Garnier, le nomme, en 2012, « le dernier nouveau philosophe ».

À la suite du livre d'Onfray consacré à Camus publié en 2012, Lou Marin écrit « Onfray contre les libertaires ».

Dans Le Monde libertaire no 1726, un article relate qu'au cours d'une conversation privée, Michel Onfray aurait suggéré au président Nicolas Sarkozy d’exhumer Camus de sa tombe de Lourmarin pour le transférer, en tant qu’écrivain national, au Panthéon. Onfray accepte la proposition de la maire UMP d'Aix-en-Provence Maryse Joissains de prendre en charge la réalisation d'une exposition consacrée à Albert Camus dans le cadre Marseille-Provence 2013 avant de se rétracter au bout de quelques semaines. Onfray et Joissains auraient eu pour projet de réaliser une « Maison de l’anarchie » à Aix, fief de la droite.

Réception du Traité d'athéologie

Le Traité d'athéologie est le plus grand succès de librairie de Michel Onfray avec environ 370 000 exemplaires vendus toutes éditions confondues. Ce succès a conduit à faire penser que la question de la religion était centrale dans la pensée d'Onfray, voire qu'il était avant tout un théoricien de l'athéisme. Si Onfray est athée, c'est la défense de l'hédonisme (en opposition au concept freudien de la pulsion de mort) et la critique politique des religions qu'il met d'abord au cœur de son travail. Le Traité d'athéologie a été écrit à la suite des débats qui ont suivi la parution de "Féeries anatomiques" (ouvrage dans lequel il remettait en question les a priori chrétiens dans le domaine des questions bioéthiques) et il a clairement montré un regain d'intérêt, en France, en 2005, pour l'athéisme.

Dans sa Contre-histoire de la philosophie, Onfray défend, en particulier, la thèse mythiste. Il considère que Jésus est un « personnage conceptuel » (concept qu'il reprend à Gilles Deleuze), tout comme le Zarathoustra de Friedrich Nietzsche ou le Socrate de Platon.

Sa critique du christianisme, qui s'adresse au catholicisme en particulier, se veut objective. Elle est reçue avec réserve ou hostilité par le magazine de droite Valeurs actuelles. L'écrivain Matthieu Baumier (it) s'attache à démonter le système Onfray, qui relève, selon lui, plus du sophisme que de la philosophie, dans son ouvrage L'Antitraité d'athéologie, préfacé par le philosophe Régis Debray. Dans la même veine, la philosophe et théologienne Irène Fernandez fait paraître un ouvrage critique intitulé Dieu avec esprit. Réponse à Michel Onfray64. Pour le journaliste François Busnel de L'Express, ces deux ouvrages en réponse à Onfray sont « décevants ». Enfin, l'historien René Rémond publie un ouvrage intitulé Le nouvel anti-christianisme, dans lequel il analyse de façon critique la pensée d'Onfray et se fait le défenseur du christianisme.

Le succès médiatique du Traité d'athéologie fait écho à celui d'autres livres athées publiés en anglais récemment tels que The God Delusion du Britannique Richard Dawkins (publié en français sous le titre Pour en finir avec Dieu), Breaking the Spell: Religion as a Natural Phenomenon de Daniel Clement Dennett, The End of Faith de Sam Harris ou God Is Not Great: How Religion Poisons Everything de Christopher Hitchens.

Polémique avec la secte de Raël

Le 4 mars 2006, Michel Onfray se voit contre son gré attribuer le titre de prêtre honoraire du Mouvement raëlien par Raël qui justifie le titre : « la vision philosophique de Michel Onfray telle que décrite dans ses nombreux ouvrages et ses exposés, est très proche de celle enseignée par le Prophète Raël. Prônant hédonisme, sensualité, mieux-vivre, révolte contre dogmatisme, conformisme et tout conservatisme, il affiche en outre un athéisme sans concession et dénonce les méfaits de tous les monothéismes ». La presse s'empare de l'affaire, ce qui conduit Michel Onfray à publier un droit de réponse virulent le 16 mars 2006 :

« Faut-il préciser que je ne crois pas aux soucoupes volantes ? […] Faut-il inviter à lire le Traité d'athéologie pour constater que j'y écris qu'une secte, c'est une religion qui n'a pas réussi et que, dans ce livre, je ne sauve aucune religion. Le plus étrange n'est pas que Raël […] déclare qu'il me nomme « prêtre honoraire » de sa tribu de demeurés mais bien plutôt que chaque désir de ce crétin soit amplifié par la presse qui se précipite pour lui tendre micros, caméras, porte-voix et occasion de caisse de résonance à ses propos d'abruti. »

Pourtant, l'éditorialiste Pierre Cormary voit dans cette anecdote bien plus qu'un signe : « Le corps faustien vraiment réalisé par la science, Homais [le pharmacien athée et scientiste de Madame Bovary] en avait rêvé, Raël l’a fait. Ils ne pouvaient que se tomber dans les bras et se congratuler mutuellement ! […] L’athée faustien était récupéré par des athées prométhéens encore plus conséquents que lui […] Au prétexte que l’on [vide] le ciel de Dieu, on [remplit] celui-là et on [remplace] celui-ci par des extraterrestres ».

Affaire Camus

En septembre 2012, Michel Onfray déclare se retirer de l'exposition consacrée à Albert Camus devant se tenir à Aix-en-Provence en 2013. Il donne pour raison notamment « les intrigues de réseaux, le copinage d'anciens combattants d'extrême gauche reconvertis dans l'opportunisme social-démocrate, la morgue de l'impuissance universitaire, la niaiserie d'une ministre confondant usage public des crédits et punition idéologique, la veulerie des institutionnels de la culture ». La ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, soutenant le commissariat de l'historien de l'Algérie Benjamin Stora mais apprenant que celui-ci était écarté par ce que le MRAP dénonce comme « un coup de force de la mairie », avait annoncé qu'elle retirait à l'exposition le soutien officiel du ministère.

Euthanasie

Le 8 août 2013, sa compagne Marie-Claude Ruel décède des suites d'un cancer du sein, après 13 ans de maladie. En septembre 2014, Michel Onfray déclare sur RTL avoir participé activement à l'euthanasie de sa femme, dans le contexte d'un cancer évolué métastasé. Il exprime alors également son opposition aux soins palliatifs et un souhait de la légalisation de l'euthanasie et du suicide assisté. Il va même jusqu'à dire : « Je veux pouvoir disposer de capsules de cyanure qui me permettraient au moment voulu d'en finir moi-même quand j'en aurais décidé ».

Enseignement et études de genre

Michel Onfray critique dans une chronique parue en mars 2014 dans Le Point la « fumeuse théorie du genre popularisée […] par la philosophe Judith Butler qui ne cache pas l’inscription de sa pensée dans la lignée déconstructiviste ». Il résume sa critique sur RTL : l'humain n’est pas qu'un être de culture mais également de nature. Il dénonce l'enseignement de ladite théorie aux écoliers, et plus généralement une inversion des priorités à l'école. Il précise alors sa pensée dans de nombreux articles et interviews : d'après lui, l’école néglige l’instruction (apprendre à lire, écrire, compter et penser), base de la méritocratie, pour des savoirs éducatifs (coder, trier des déchets ou ne pas discriminer les sexes).

Le vitalisme de Cosmos : une pensée de l’ordre et de la tradition
Selon Évelyne Pieiller, Michel Onfray, avec le vitalisme mis en avant dans Cosmos, « rejoint étonnamment une certaine pensée de l'ordre, un ordre immuable, premier, seul porteur de vérité, auquel il convient de se soumettre. Exaltation de l'instinct et de l'inconscient collectif au détriment de la raison, prééminence accordée à l'animalité de l'homme, dégoût de la « civilisation », glorification de la puissance de la vie, hantise de la décadence, aspiration à retrouver un âge d'or par le retour à la tradition : autant de notions qui font écho, parfois très précisément, à une sensibilité largement déployée jadis », chez Maurice Barrès, Ludwig Klages ou Oswald Spengler, ainsi Pieiller estime que « l'athée farouche qu'il fut est désormais tout imprégné d'une spiritualité aussi vague que confuse ; le rationaliste qu'il se veut chante la louange de l'instinct silencieux ; le libertaire qu'il se proclame est devenu le héraut du respect des traditions. »

Politique occidentale et terrorisme islamiste

À la suite des attentats islamistes du 13 novembre 2015, Michel Onfray adopte une position pacifiste controversée en arguant du rôle belliciste de la France et des pays occidentaux au Moyen-Orient. Il affirme, le lendemain des attentats, dans un tweet remarqué que « droite et gauche qui ont internationalement semé la guerre contre l’islam politique récoltent nationalement la guerre de l’islam politique » et plaide pour une solution diplomatique pour régler le problème de l’EI. Dans les interviews qui suivent, Michel Onfray précise sa pensée : il tient George W. Bush pour responsable de cette situation de terrorisme en particulier du fait de la deuxième guerre en Irak, et accuse la France de s'être alignée sur cette politique islamophobe en rejoignant l'OTAN. Il rappelle également le rôle de Dominique de Villepin en 2003, alors ministre des Affaires étrangères, qui s’était opposé lors d’un discours à l’ONU à une intervention militaire en Irak.

En réponse, divers intellectuels s'opposent à lui, comme l’historien et journaliste Benoît Rayski qui l’accuse de trouver des excuses à Daech, ou le philosophe Raphaël Enthoven selon qui il fait de l’EI la victime de ses victimes. Le directeur de la publication de Libération Laurent Joffrin dans une tribune du journal répond à une interview de Michel Onfray donnée au Point dans laquelle il affirme que l’Occident a attaqué la communauté musulmane dans son ensemble : « Non, Michel Onfray, le monde musulman n’est pas Daech ».

Dans une vidéo de propagande publiée le 21 novembre 2015, les djihadistes du groupe État islamique reprennent des extraits d'interviews télévisées de Michel Onfray, dont un où il appelle « à cesser de bombarder les populations musulmanes sur la totalité de la planète ». Sollicité par différents média pour répondre de l'instrumentalisation de sa pensée par l'État islamique, Michel Onfray rétorque : « on est toujours instrumentalisé par tout le monde », et campant sur ses positions, il explique sur LCI qu'il n’accorde aucun crédit aux articles et commentaires le diffamant car il serait la victime régulière depuis cinq ans d'attaques le faisant tour à tour passer pour un pédophile refoulé, un antisémite, un islamophobe, un suppôt de Marine Le Pen ou un support de Daech. Pour lui, tout cela devient n’importe quoi et il ajoute ne pas désirer « commenter les commentaires ».

Quelques jours plus tard, Michel Onfray ferme son compte Twitter, déclarant en avoir assez que ses tweets soient plus importants que ses livres. Dans le même temps, il renonce à publier en France son essai Penser l'islam.

Le capitalisme libertaire selon Michel Onfray

Michel Onfray considère qu'il n'y a jamais eu d'autre système économique que capitaliste (en tant que mode de production). Il critique par contre le libéralisme comme l'expression de la loi du plus fort, où la répartition va toujours vers les plus riches. Il propose donc une critique de la répartition du libéralisme tout en acceptant le principe de la production capitaliste. D'après Michel Onfray, la propriété est une notion qui a déjà été défendue par des anarchistes, notamment Proudhon. L'expression « la propriété privée, c'est le vol » est parfois mal comprise; d'après Michel Onfray, elle critique la propriété capitaliste dans le mode de production bourgeois et la spoliation des ouvriers qui ne sont pas payés de leur force de travail. Onfray invite à réfléchir à un postanarchisme, qu'il définit comme un anarchisme tragique et pessimiste utile à l'anarchie, au sens où l'abolition de la propriété ne lui semble pas atteignable. Il se démarque donc de l'orthodoxie de l'anarchisme qui considère que la propriété et l’État sont nécessairement mauvais. D'après Onfray, l’État est un outil qui n'est ni bon ni mauvais en soi, et la propriété n'est pas nécessairement exclusive, par exemple avec les coopératives.

Il conçoit l'économie de l'URSS comme un « capitalisme soviétique. »



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